L’écoute active, la compétence que les managers sous-estiment le plus en période de changement

L’écoute active, la compétence que les managers sous-estiment le plus en période de changement

« Vos collaborateurs savent déjà ce qui va faire échouer votre transformation. La plupart ont arrêté de vous le dire. »

Une étude européenne menée fin 2025 auprès de 4 732 collaborateurs et managers met un chiffre sur un phénomène que j’observe depuis vingt ans: en période de changement, l’écoute active est la compétence la plus attendue par les équipes, et la plus sous-estimée par les managers. Cet écart coûte cher: de l’adhésion, de la confiance, et parfois vos meilleurs éléments. Voici ce que disent les chiffres, pourquoi cet angle mort se forme, et comment le combler.

Il y a quelques mois, j’accompagnais la dirigeante d’une PME industrielle engagée dans une réorganisation. Elle avait fait le travail: réunion d’annonce, FAQ, feuille de route affichée, points d’étape. Sur le papier, une conduite du changement exemplaire. Sur le terrain, une équipe qui freinait des quatre fers.

Un jour, elle me dit: « Je ne comprends pas. Je leur ai tout expliqué. »

Je lui ai posé une seule question: « Et eux, qu’est-ce qu’ils vous ont dit? »

Silence.

Elle avait informé, argumenté, répété. Elle n’avait pas écouté. Personne ne lui avait décrit les vrais points de blocage: un logiciel mal paramétré, deux départs non remplacés, une prime d’équipe menacée par la nouvelle organisation. Des informations que ses collaborateurs détenaient depuis le premier jour.

Ce n’est pas un cas isolé. C’est, à en croire les données disponibles, la norme.

Dans cet article:

  • ce que montre l’étude européenne MarktEffect sur l’écart de perception entre managers et collaborateurs
  • pourquoi l’écoute s’efface au moment précis où elle compte le plus
  • ce que l’écoute active veut dire, au-delà de la reformulation polie
  • trois pratiques concrètes pour la remettre au centre de votre conduite du changement

Un écart de perception mesuré, et il coûte cher

Fin 2025, l’institut MarktEffect a interrogé 4 732 personnes (2 867 collaborateurs et 1 865 managers) dans huit pays européens, dont la France, pour le compte d’un organisme privé de formation en ligne. Je précise l’origine: c’est une étude d’entreprise, pas une publication académique. Ses ordres de grandeur rejoignent pourtant ce que mesurent d’autres enquêtes sur l’engagement, comme le rapport Gallup 2026 qui situe la France à 8% de salariés engagés.

Trois chiffres méritent votre attention.

  • 55% des managers pensent associer leurs équipes dès le cadrage d’un changement. Côté collaborateurs, seuls 15% le confirment.
  • 42% des managers déclarent mesurer le succès de leurs initiatives de changement. 17% des collaborateurs savent comment ce succès est défini.
  • Le chiffre clé: 35% des collaborateurs jugent l’écoute active prioritaire chez un manager en période de changement, contre 26% des managers. Le plus grand écart de tout le classement.

Le même angle mort se répète sur les axes de progrès: 25% des collaborateurs voudraient que leur manager travaille son écoute. Seuls 18% des managers en ont conscience.

Les équipes ne demandent pas plus de communication descendante. Elles demandent à être entendues.

L’impact à trois niveaux

Pour vous: vous pilotez avec une carte faussée. Les informations qui pourraient corriger votre trajectoire ne remontent plus.

Pour votre collaborateur: son besoin de compréhension est nié. Il exécute sans adhérer, puis se désengage sans bruit.

Pour votre organisation: les transformations s’enlisent, les signaux faibles se transforment en démissions, et personne ne sait dire pourquoi.

Pourquoi l’écoute disparaît au moment où tout se joue

L’étude apporte un élément d’explication que je trouve juste: managers et collaborateurs ne vivent pas le même changement.

À l’annonce d’une transformation, 39% des managers se disent dynamisés, contre 23% des collaborateurs. À l’inverse, 20% des collaborateurs ressentent de l’anxiété. Le manager est l’architecte du projet: il en connaît les raisons, il a participé aux arbitrages, il se sent outillé. Le collaborateur, lui, apprend la nouvelle une fois les décisions prises, et porte la charge opérationnelle de la mise en œuvre.

De cette asymétrie naît un réflexe: le manager passe en mode diffusion. Convaincre, expliquer, dérouler les arguments, répondre aux objections. Plus la résistance monte, plus il explique. Et plus il explique, moins il écoute.

J’insiste sur un point: ce n’est pas un défaut de caractère. C’est un effet de position, renforcé par la pression du calendrier. Quand on vous juge sur l’exécution, prendre une heure pour écouter ressemble à une heure perdue. Mes vingt ans de direction opérationnelle m’ont appris l’inverse: cette heure est le canal d’information le plus fiable dont vous disposez sur ce qui menace votre projet. Un management qui se prive de ce canal finit par le payer, j’en décris les mécanismes dans le coût caché d’un management sans formation.

L’écoute active, ce n’est pas ce que vous croyez

Le terme est galvaudé, autant le redéfinir.

L’écoute active, ce n’est pas laisser parler l’autre en préparant sa réponse. Ce n’est pas reformuler mécaniquement pour cocher la case. Ce n’est pas non plus une boîte à idées ouverte une fois les décisions verrouillées: les chiffres ci-dessus montrent que les collaborateurs ne sont pas dupes des consultations de façade.

Écouter, au sens fort, c’est suspendre son projet de réponse pour chercher l’information qui dérange. C’est traiter la perception de l’autre comme une donnée, pas comme une objection à réfuter. C’est accepter d’être surpris.

Trois marqueurs d’une écoute réelle:

  • vous apprenez des choses qui vous déplaisent
  • il vous arrive de changer d’avis après un entretien
  • vos collaborateurs vous signalent les problèmes avant qu’ils n’explosent

Si aucun des trois n’est vrai, vous communiquez. Vous n’écoutez pas.

Dans mon référentiel des 7 besoins fondamentaux, l’écoute nourrit d’abord le besoin de compréhension: se sentir écouté et compris. Elle irrigue aussi la confiance, pouvoir s’exprimer sans crainte du jugement, et la sécurité, savoir que le cadre tient même quand tout bouge. Ces besoins fonctionnent en système: quand l’écoute lâche, les autres se fragilisent en cascade. C’est souvent le premier fil qui se détend avant un désengagement, un mécanisme proche de ceux que je décris dans 7 besoins fondamentaux: pourquoi vos équipes se désengagent.

Trois pratiques pour remettre l’écoute au centre du changement

Pas besoin d’un dispositif lourd. Trois pratiques suffisent à inverser la dynamique, à condition de les tenir dans la durée.

1. Le tour de table inversé. En réunion d’annonce ou de suivi, parlez en dernier. Ouvrez par une question: « Qu’est-ce que ce changement complique dans votre quotidien? » Puis taisez-vous. Notez. Ne répondez à rien sur le moment: vous répondrez plus tard, avec de vraies réponses.

2. L’entretien d’écoute sans ordre du jour. Pendant une transformation, bloquez vingt minutes par collaborateur, sans slide et sans tableau de bord. Trois questions: qu’est-ce qui fonctionne? Qu’est-ce qui coince? Qu’est-ce que je ne vois pas d’où je suis? Une seule règle: interdiction de vous justifier pendant l’entretien.

3. La boucle de retour. L’écoute sans suite détruit plus de confiance qu’elle n’en crée. Après chaque phase d’écoute, revenez vers l’équipe avec trois messages: voici ce que j’ai entendu, voici ce que nous changeons, voici ce qui ne changera pas et pourquoi. Ce troisième message est le plus important: dire non en expliquant respecte davantage vos équipes qu’un oui flou jamais suivi d’effet.

Un directeur de site que j’ai accompagné a instauré ce rituel pendant une fusion: quinze minutes chaque vendredi, trois colonnes affichées, entendu, retenu, écarté. Au bout de deux mois, ses équipes remontaient les points de friction sans attendre la réunion, et deux blocages logistiques ont été traités avant de coûter un client. Le dispositif n’a rien d’original. Ce qui a tout changé, c’est la constance: aucune remontée n’est restée sans réponse.

L’action de cette semaine

Choisissez le collaborateur le plus critique face au changement en cours. Posez-lui une seule question: « Qu’est-ce que je ne vois pas d’où je suis? » Écoutez sans vous justifier, notez, et revenez vers lui sous 48 heures avec ce que vous en faites. Observez ce que ce simple geste modifie dans la relation.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’écoute active en management?

C’est la capacité à suspendre son projet de réponse pour comprendre ce que l’autre vit et sait. Concrètement: poser une question ouverte, se taire, reformuler ce qui a été compris, et traiter la perception du collaborateur comme une information, pas comme une objection à réfuter. Un signe ne trompe pas: il vous arrive d’apprendre des choses qui vous dérangent.

Comment pratiquer l’écoute active en période de changement?

Trois pratiques suffisent pour commencer: parler en dernier dans les réunions d’annonce, bloquer des entretiens d’écoute de vingt minutes sans ordre du jour, et boucler chaque phase d’écoute par un retour clair: ce qui a été entendu, ce qui change, ce qui ne changera pas et pourquoi.

Pourquoi les managers écoutent-ils moins en période de changement?

Par effet de position, pas par défaut de caractère. Le manager connaît les raisons du projet et se sent outillé: 39% se disent dynamisés à l’annonce d’un changement, contre 23% des collaborateurs. Face à la résistance, il explique davantage au lieu d’écouter, et l’information critique cesse de remonter.

En résumé

L’étude MarktEffect confirme avec des chiffres ce que le terrain montre tous les jours: les managers surestiment l’association de leurs équipes aux changements, et sous-estiment la compétence que ces équipes attendent le plus, l’écoute active. Cet angle mort n’est pas une fatalité. Il se travaille, comme une compétence à part entière: parler en dernier, organiser de vrais temps d’écoute, boucler chaque écoute par un retour clair. En période de changement, votre valeur de manager ne se mesure pas à la qualité de vos explications. Elle se mesure à la qualité des informations qui acceptent encore de remonter jusqu’à vous.

Et vous, que ne voyez-vous pas d’où vous êtes?

L’écart de perception se corrige d’autant mieux qu’il est mesuré. C’est le travail que je mène en coaching professionnel avec les dirigeants et managers: identifier vos angles morts, remettre l’écoute au service de vos transformations, et bâtir un leadership qui tient dans la durée.

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Je suis Evelyne Serra, coach professionnelle certifiée RNCP niveau 6 et fondatrice d’Explorateur de Sens. J’accompagne cadres, managers et dirigeants à clarifier leurs décisions, ajuster leur posture et renforcer leur performance avec plus de cohérence et de sens, à Nantes, Saint-Nazaire, Pornic et à distance.

Explorateur de Sens
Coach en entreprise & transitions stratégiques | Méthode ALIGNÉ
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Sources

Étude européenne sur la conduite du changement dans les organisations, MarktEffect (commanditaire: GoodHabitz), décembre 2025

State of the Global Workplace 2026, Gallup

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